Cimetière de Montmartre


Lors de la semaine sanglante le cimetière de Montmartre fut l'un des centres des combats de la Commune. À ce moment-là, alors que les troupes versaillaises reprenaient Paris, des barricades furent dressées sur la butte de Montmartre jusque dans les abords du cimetière : plusieurs communards y résistèrent jusqu’au bout, certains y trouvant la mort ou y étant exécutés sommairement. Aujourd’hui, le cimetière de Montmartre réunit les tombes de quelques communards et révolutionnaires qui les ont inspirés. Ce parcours invite à se rappeler leur combat et à honorer la mémoire de celles et ceux qui, au cœur de Montmartre, ont défendu les acquis de la Commune.

Henri Rochefort (1831-1913)

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Tombe de Henri Rochefort

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Henri Rochefort

17e division, 1ère ligne, 5

Directeur du journal « La Marseillaise » et farouchement républicain, il dirigea des journaux comme La Lanterne et Le Mot d’Ordre. Il est déporté en Nouvelle Calédonie en 1873. Après avoir brièvement siégé au Gouvernement de la Défense nationale, il soutient, non sans des réserves, la Commune de Paris dans ses écrits sans participer directement à son administration. Arrêté après la Semaine sanglante, il est déporté et réussit en 1874 une évasion en compagnie de 5 autres communards déportés. A son retour en France, il change radicalement d’orientation politique, devient boulangiste et antidreyfusard.

François Nicolas Augustin Feyen-Perrin (1826 – 1888)

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Tombe de Auguste Feyen-Perrin

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Auguste Feyen-Perrin

18e division OpenStreetMap 

François Nicolas Augustin Feyen-Perrin était un peintre, graveur et illustrateur, réputé pour ses scènes de la vie bretonne et ses portraits réalistes. Ami de Gustave Courbet, il s’impliqua pendant la Commune de Paris au sein de la Fédération des artistes, prenant part à la Commission fédérale des artistes élue le 17 avril 1871. Il fut chargé, avec d’autres membres, de veiller sur le musée de Cluny, incarnant l’engagement des artistes pour une gestion collective et démocratique de la culture sous la Commune. Malgré ce passé engagé, il obtint la Légion d’honneur en 1878 et resta respecté dans les milieux républicains.

Élie Henri May (1842 – 1930)

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Tombe de Elie May

Cette tombe est particulièrement difficile à repérer. Pour la trouver, avancez vers l’extrémité de la division 3, en descendant le long de l’avenue Cordier. Empruntez le petit escalier qui mène au niveau supérieur ; au premier niveau tournez vers l'intérieur de la division et après quelques mètres empruntez le chemin qui s'ouvre sur votre droite ; comptez environ 33 tombes et vous la trouverez sur vitre droite.

3e division, Israélites

Sergent, pendant le Siège, au 204e bataillon de la Garde nationale, il fut nommé, après le 18 mars, directeur de la Manufacture des Tabacs. Après la semaine sanglante Élie se réfugie à New York. Il y arrive avec son frère début septembre 1871. En 1918 il succède au docteur Edmond Goupil à la présidence de l’« Association fraternelle des anciens combattants et amis de la Commune » qu’il dirige jusqu’à sa mort en 1930.

Cachette de Louise Michel

La tombe derrière laquelle se cacha Louise Michel

La tombe derrière laquelle se cacha Louise Michel

Arrestation de Louise Michel

Arrestation de Louise Michel
Jules Girardet, 1871
Saint-Denis, musée d'art et d'histoire

Cachette de Louise Michel, 5e division, 1ère ligne

Combattante face aux troupes versaillaises dans le cimetière de Montmartre, Louise Michel trouve refuge derrière des tombes:

Nous avions déjà des blessés, et j’eus bien de la peine à obtenir de retourner, c’est-à-dire j’allai en reconnaissance malgré mes camarades. Un obus tombant à travers les arbres me couvrit de branches fleuries que je partageai entre deux tombes, celle de Mlle Poulin et celle de Murger dont le génie semblait nous jeter des fleurs.

Et ailleurs elle décrit les derniers combats au cimetière:

« Je m’en vais avec le détachement du 61e au cimetière Montmartre, nous y prenons position. (...) La nuit était venue, nous étions une poignée, bien décidés. Certains obus venaient par intervalles réguliers ; on eût dit les coups d’une horloge, l’horloge de la mort. Par cette nuit claire, tout embaumée du parfum des fleurs, les marbres semblaient vivre. (...) Drapeau rouge en tête, les femmes étaient passées ; elles avaient leur barricade place Blanche, il y avait là Élisabeth Dmitrieff, madame Le Mel, Malvina Poulain, Blanche Lefebvre, Excoffon (…). Plus de dix mille femmes aux jours de mai, éparses ou ensemble, combattirent pour la liberté (...) Quelques‑unes, prises pour des pétroleuses, furent fusillées sur le tas avec les autres »

Charles Fourier (1772 – 1837)

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Charles Fourier

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Charles Fourier

23e division, 2e ligne

Charles Fourier, philosophe français, est l’un des pionniers du socialisme utopique. Fourier propose une réorganisation de la société fondée sur la coopération et l’expression libre des passions humaines, grâce à des communautés modèles nommées « phalanstères » où le travail devient plaisir et où chacun choisit ses activités selon ses goûts. Visionnaire, il entend abolir le salariat, promouvoir l'émancipation des femmes et défendre une organisation collective et égalitaire du travail. 

Bien que décédé en 1837, Fourier fut une inspiration pour certaines commissions de la Commune de Paris en 1871, notamment en matière d’éducation et d’organisation sociale, où ses idées de coopération, de réforme du travail et de développement intégral de l’individu ont influencé des secteurs tels que l’éducation artistique et les pratiques communautaires. Quelques membres de la Commune et des cercles ouvriers revendiquaient l’héritage fouriériste dans leurs projets de réforme sociale et éducative. Des communautés partiellement inspirées du fouriérisme existent encore aujourd’hui en France et ailleurs.

Pierre Ulysse Parent

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Tombe d'Ulysse Parent

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Ulysse Parent

9e division, 2e ligne

Pour repérer la tombe de Parent : depuis le chemin Lepage, empruntez le chemin Saint-Nicolas et longez la deuxième rangée de tombes sur votre droite. La sépulture d’Ulysse Parent correspond au numéro 44 dans cette file.

Pierre Ulysse Parent était un peintre, illustrateuret militant républicain français. Fils d’horloger et élève de Drolling, il expose régulièrement au Salon de 1870 à 1879. Opposant au Second Empire, il s’engage activement lors du siège de Paris et devient maire adjoint du 9e arrondissement. Le 26 mars il est élu au conseil de la Commune par ce même arrondissement, mais il démissionne le 5 avril. Cependant, il continue à soutenir la Commune par son militantisme, notamment au sein de la franc-maçonnerie. Arrêté après la Semaine sanglante, il est acquitté et poursuit ensuite une carrière d’élu républicain et de défenseur des artistes, contribuant à faire aboutir le projet de Dalou pour le Triomphe de la République.

Philippe (Filippo) Buonarroti (1761-1837)

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Philippe (Filippo) Buonarroti, Photo: Mossot, Wikimedia

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Philippe (Filippo) Buonarroti

12e division, 1ère ligne (terreplein)

Buonarroti fut un révolutionnaire italien naturalisé français, descendant du frère de Michel-Ange. Engagé dès la Révolution française, il milite pour l’égalité radicale et la propriété collective, influencé par Rousseau et les penseurs égalitaristes. Ayant participé à la Conjuration des Égaux de Babeuf, il devient l’un des premiers théoriciens du communisme, prônant l’abolition de la propriété privée au bénéfice d’une communauté des biens. Toute sa vie, il anime sociétés secrètes et réseaux révolutionnaires à travers l’Europe, inspire la Charbonnerie et publie en 1828 son ouvrage majeur sur Babeuf qui influencera le socialisme français et international. 
Buonarroti est une figure tutélaire de la tradition égalitaire et révolutionnaire à Paris : son œuvre et ses idées ont inspiré certains courants socialistes et égalitaristes présents dans la Commune de Paris, notamment les babouvistes et blanquistes qui voyaient en lui un précurseur des révolutions sociales et de la lutte pour l’égalité réelle.

Les fosses communes

La nuit du 25 Mai au cimetière de Montmartre, vers 1871

La nuit du 25 Mai au cimetière de Montmartre, vers 1871

Plan du cimetière de Montmartre, 1832 BVP

Plan du cimetière de Montmartre, 1832 BVP

Comme ça a été le cas pour d'autres cimetières parisiens, celui de Montmartre a aussi eu son lot de massacres et sépultures hâtives dans des fosses communes, dont la dimension et le souvenir témoignent de l’ampleur de la répression versaillaise lors de la Semaine sanglante. Ici, sur le vaste terrain désigné à l’époque comme le « champ des navets », les combats de rues et barricades se sont achevés par une tragédie collective : plus de 4 000 corps, fédérés et civils confondus, y furent inhumés pêle-mêle, dans une fosse de près de cent mètres de long sur cinq de large, les corps alignés sur trois rangs en hauteur. Les chiffres officiels, relevés sur les registres du cimetière, parlent de 1 248 morts anonymes, mais les estimations contemporaines décrivent bien davantage de victimes, notamment parce que l’on portait ici nombre de cadavres ramassés dans les quartiers voisins et même jusqu’au parc Monceau. Les limites du cimetière ayant été remaniées, l'emplacement de ces fosses communes se trouve aujourd'hui largement hors du cimetière actuel, notamment sous l'emplacement de l'hôpital Bretonneau.

Ce lieu silencieux fut aussi celui d’une injustice mémorielle : les autorités versaillaises y ensevelirent secrètement Charles Delescluze, figure majeure de la Commune et délégué à la Guerre, abattu le 25 mai sur une barricade de la place du château d'eau (aujourd'hui place de la République). Son corps fut jeté dans la fosse commune de Montmartre, pour éviter qu’il ne devienne un symbole de résistance et un lieu de recueillement pour les survivants. Des années plus tard, la dépouille de Delescluze fut identifiée, puis transférée au Père-Lachaise, où sa tombe se trouve aujourd’hui .

Cette parcelle du cimetière, sans monument ni plaque, offre un rare témoignage de la violence politique qui s’est abattue sur Paris en 1871. Dans le tumulte des dernières journées, les combats firent rage autour des tombes, causant d’importants dégâts et une ambiance chaotique. Certains survivants, pour préserver la mémoire des morts, vinrent humblement planter des fleurs ou tenter d'honorer par de simples gestes ceux et celles dont il ne restait aucune trace individuelle.

Mappa

Prochaines étapes

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