Introduction

Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être l'organisateur
Jean Cocteau, Les Mariés de la Tour Eiffel

Parmi  toutes les lectures que l'on peut effectuer de la ville de Paris, figure évidemment la lecture ésotérique, une catégorie dont aucune grande concentration humaine ne peut faire l'économie. Libre à chacun ensuite de conférer à cette grille d'interprétation le sceau d’une vérité cachée ou celui, plus modeste et léger, de l'inspiration poétique.

C'est ce que firent à leur façon des maîtres spirituels authentifiés comme tels comme Gilles Corrozet, Éliphas Lévi, Papus, Fulcanelli, René Guénon, Jean Phaure ainsi que certains des plus prestigieux écrivains et poètes des XIXe et XXe siècles (Honoré de Balzac, Gérard de Nerval, Victor Hugo, Joris-Karl Huysmans, Jean Cocteau, André Breton, André Queneau) et plus récemment encore, des romanciers à succès comme Umberto Eco ou Dan Brown, dont le Da Vinci Code a constitué le succès planétaire que l'on sait.
L'étymologie même du nom de la cité lui attribue une relation arcane avec le culte mystérique égyptien de la déesse Isis : Paris ne serait autre, selon certains,  que « Bar Isis », la nef d'Isis.

Ces étymologies plus ou moins fantaisistes se rattachent à ce langage codé et initiatique que maîtres et adeptes nomment joliment « langue des oiseaux » qui leur permet de communiquer entre eux mais aussi de pratiquer une subtile dialectique entre dévoilement et dissimulation. Nous en trouverons quelques exemples dans les décryptages que nous aurons à effectuer sur notre chemin.

Mais, revenons un instant à cette image de la nef qui rappelle la configuration du berceau originel de la cité (l'île homonyme précisément, dite « de la Cité » où s'élève l'Eglise de Notre-Dame comme un lien de pierre reliant la Vierge Mère de la tradition chrétienne à la déesse voilée des bords du Nil) a eu une telle prégnance que le Premier Empire en fera le symbole central des armoiries citadines comme en témoigne encore sa présence sculptée au fronton de l'Ecole communale de la rue des Hospitalières Saint Gervais en plein Marais.

Blason de la ville de Paris, Paris - Hôtel de ville

Blason de la ville de Paris,
Paris - Hôtel de ville

Les itinéraires ésotériques que nous proposons ont pour ambition de faire découvrir un Paris insoupçonné où le plaisir de la découverte, les suggestions de  l'analogie, l'affleurement du rêve derrière la façade officielle ou sous le pavé brillant de pluie, permettront à qui nous suivra d’effectuer dans une unique déambulation plusieurs voyages.
Le fil rouge de l'ésotérisme permet aussi d'éprouver la fécondité, pour reprendre une heureuse et célèbre expression du grand historien Fernand Braudel, d'une perspective de « longue durée » dans l'approche des réalités géographiques, historiques et anthropologiques.

Combien de visiteurs de la Butte Montmartre, par exemple, ont aujourd'hui conscience de visiter un lieu où n’a cessé de souffler, depuis la plus haute Antiquité, l'énergie mystique reliant le ciel à la terre, comme nous le dit encore une fois l'étymologie : Montmartre- « Mons Mercuris » ou « Mons Martis », le Mont de Mercure (le dieu psychopompe qui conduit les âmes au Royaume des Morts) ou le Mont de Mars (l'époux de Vénus et son éternel rival en tant qu'expression de la Haine guerrière qui extermine en perpétuel conflit avec l'Amour qui engendre et fait croître).

Ces parcours ne manqueront pas non plus d'être peuplés d'envoûtantes et parfois inquiétantes présences depuis Jacques de Molay brûlé à la proue de l'île de la Cité en 1314 et dont la malédiction lancée au cœur des flammes contre la descendance royale hantera longtemps les mémoires jusqu'à Joseph Balsamo, mieux connu sous le nom de comte de Cagliostro réputé avoir indirectement provoqué la chute de la Monarchie lors de la révolution française en passant bien entendu par le faiseur d'or Nicolas Flamel, Cyrano de Bergerac l'auteur du Voyage dans la Lune, le moine en odeur d'hérésie Tommaso Campanella, le comte de St Germain ou encore Giacomo Casanova.
C'est donc à une sorte de « chasse au trésor » que nous vous convions ou si vous préférez à une partie de cache-cache avec d'insaisissables « genii locorum », des génies des lieux, des feux-follets urbains.

Ainsi ne serez-vous pas trop étonnés de repérer sur notre route la trace parfois encore présente des grandes institutions spirituelles, secrètes et ésotériques qui ont marqué l'histoire du Monde et continuent peut-être encore de le faire : Ordre du Temple, Franc Maçonnerie, Rose-Croix et autres chapelles et obédiences religieuses (Martinisme, Théosophie, Science Chrétienne, Spiritisme, Opus Dei) ?
Tous ces éléments forment une foisonnante forêt de jalons et d'indices que nous allons essayer d'agencer en différents itinéraires. L'initiation n'est-elle pas elle aussi à sa manière, une marche, un chemin que l'on se fraie, un « iter » entre deux états dont celui vers lequel on procède est supposé meilleur que celui dont on est parti ?
P
our rendre ce parcours intelligible et conforme aux rythmes et mouvements les plus naturels et communs à tous les êtres vivants, nous avons choisi de l'organiser en deux grands axes et deux itinéraires moins rectilignes, correspondant aux vecteurs essentiels de la réalité du monde sensible dans lequel nous sommes immergés :

1) L'axe « Mercurial », du nom du dieu romain Mercure déjà évoqué à propos de Montmartre, à savoir Nord-Sud (le « cardo » de l'urbanisme orthonormé des Romains) utilisé dans le roman d'Umberto Eco Le Pendule de Foucault  que nous allons amplement citer par la suite.

A cet axe que nous vous invitons  maintenant à parcourir (et qui pourrait se poursuivre, ce que nous ferons pourtant pas, jusqu'à la Montagne Sainte Geneviève, reliant ainsi les deux « collines inspirées » qui marquent la géographie sacrée et mystique de la ville) avec nous en sept étapes bien distinctes, pourront venir  ultérieurement s'ajouter :

2) L’axe de la Lumière et de l'Eau, qui va d'Est en Ouest et correspond au « decumanus » antique.

Ces deux axes se croisant au centre géométrique de Paris à l'emplacement de pèlerinages, dont, bien entendu, celui qui mène à St Jacques de Compostelle.

3) Itinéraire « Le Marais ésotérique » : Des Templiers à Cagliostro et l'Affaire du collier de la Reine.

4) Itinéraire « La Barque d'Isis » : Du Bûcher de Jacques de Molay à Notre-Dame

Mais je m'aperçois que j'ai oublié de me présenter. Veuillez pardonner ce manquement aux règles élémentaires de la courtoisie. Ni adepte, ni initié, je ne pratique d'autre activité que celle de flâneur professionnel des deux rives, un état dont j'ai la faiblesse de me vanter.

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