Introduction

Pour planter le décor dans lequel vont se dérouler les événements révolutionnaires de la Rive Gauche, il faut comprendre la topographie des lieux où les ultra-révolutionnaires de 1792 vont évoluer et nous remettre dans l'environnement architectural et urbanistique de l'époque. Il était  le résultat de trois stratifications dont il restait des traces à l'époque de la Révolution et aujourd'hui encore : le Moyen-Age, le XVIIème siècle et  le XVIIIème siècle à l'époque « en chantier ». Abbayes, couvents, collèges, hôtels particuliers, théâtre bordent des rues étroites. Ces rues datent du Moyen-âge ou sont le résultat du comblement des fossés ou de la démolition des murs et des portes tant de la ville que de l'abbaye de Saint-Germain, voulus au XVIIème siècle par Louis XIV pour mettre fin aux particularismes.  

Les Révolutionnaires vont évoluer dans ce quartier où les projets urbanistiques d'avant-garde sont le reflet de cette philosophie des Lumières caractérisée par le rejet de l'architecture médiévale et l'éclosion du néo-classicisme. Leurs enfance et leurs adolescence vont baigner dans ce siècle de raison où tout est remis en cause, y compris l'environnement.  Les chantiers ne manquent pas : l'Ecole de Chirurgie (de Médecine aujourd'hui), le Panthéon, le Théâtre français (l'Odéon), la façade de l'église Saint-Sulpice , ne sont pas des bâtiments isolés mais le point central d'un projet urbanistique où ils s'inscrivent. L'édification des quartiers neufs qui font « table rase » des anciens bâtiments est dans l'esprit de ce siècle des Lumières qui, de la même manière, prépare le chantier de la Révolution en prêchant de faire table rase des scories de la féodalité et des réminiscences du Moyen-Age. C'est la destruction de l'Ancien Régime et l'édification d'un monde nouveau que les Révolutionnaires vont bientôt opérer dans la société française.
                      
C'est dans cet environnement qu'ils vont étudier, résider et diriger le cours de la Révolution, entre le quartier de l'Université intra muros (intérieur de l'ancienne enceinte médiévale) et extra muros, (ancien bourg de l'Abbaye de Saint-Germain), entre la Montagne Sainte-Geneviève et Saint-Germain des Prés, entre mont et marais,  autrement dit entre la colline ensoleillée de la Lutèce romaine et les prés inondables des Bénédictins. Le Couvent des Cordeliers, l'Abbaye Sainte Geneviève, le Couvent des Jacobins, l'Abbaye de Saint-Germain des Prés, subiront les outrages des lois anticléricales et antireligieuses de la Révolution. Ils seront fermés, démantelés, démolis ou utilisés à d'autres fins mais souvent ils vont laisser place à de nouveaux et jolis quartiers qui semblent avoir retenu de ces lieux d'études, de méditation et de silence, une quiétude qui nous incite à nous y arrêter. 

Il est  une chose que les bouleversements du temps et de l'histoire ne feront pas disparaitre, c'est l'étude, la pensée et la culture qui resteront attachés à ce quartier latin et Saint-Germain. C'est ce souffle, dans lequel s'inscrit le grand souffle de la Révolution, que nous allons essayer de retrouver pendant cette pérégrination

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